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L’HISTOIRE DU POIL (1ère partie) : De la Préhistoire au Moyen Âge

Pince à épiler-rasoir égyptien. Vers 1560–1479 av. J.-C., Metropolitan Museum of Art N.Y.C.

Le poil et ses symboles

Le poil est la seule partie du corps qui continue à pousser durant toute la vie, et qui ne meurt pas quand on le coupe. « Le poil c’est une archive. Il est toujours révélateur. Révélateur culturel, révélateur religieux » dit Joël Cornette, co-auteur d’Histoire du poil, (Editions Belin,2011). A travers tous les âges et les civilisations on retrouve un symbolisme et des pratiques similaires. Signe de virilité, de pureté, de statut social, ou de divinité, le symbolisme du poil s’inscrit aussi dans nos expressions linguistiques. « Avoir du poil aux pattes », « reprendre du poil de la bête », « chercher le poil dans l’oeuf », ou encore « avoir un poil dans la main ». Le poil, décidément, on l’admire quand il est à sa place, mais il nous dérange profondément quand il n’y est pas.

De l’épilation intégrale au port de barbe et de moustache, toute civilisation a ses époques et ses tendances, mais un fil rouge traverse l’histoire. La barbe, signe de force et de pouvoir, connaitra de courtes périodes de rejet, mais elle gagne le premier prix de distinction. Globalement, les coutumes veulent que le poil masculin s’affiche, le collier en particulier.  Le poil féminin, c’est une autre histoire, mais contrairement à la pensée populaire, les femmes n’ont pas toujours été les seules à se les arracher.

La préhistoire et l’Egypte ancienne

Masques de Toutankhamun (g.) et Hatchepsout (d.) indiquent leurs statut divin par une prothèse de barbe.

Alors que nous connaissons peu de détails sur les habitudes de l’homme préhistorique, on retrouve des dessins de grottes d’outils d’épilation et de rasage en forme de coquilles, de dents de requin et de silex aiguisés. L’historien romain Tite-Live note que le rasoir a été introduit au 6ème siècle avant JC. Par le roi légendaire romain Tarquin l’Ancien, mais cet outil ne sera pas répandu avant un siècle plus tard.

Danseuses et musiciennes, détail d’une fresque de la tombe de Nebamun. Dynastie XVIII, British Museum, Londres.

En Egypte pré-dynastique, le port de la barbe est très courant, mais cette pratique disparait au début de la période dynastique chez les nobles qui se débarrassent entièrement de leur pilosité, y compris des cheveux en faveur de la perruque et de la fausse barbe. La barbe est considérée comme fortement liée à des qualités telles que la puissance, la virilité et la fertilité masculine, ainsi que la divinité. Comme nous verrons plus tard, à l’époque des rois en Europe, le peuple simule les mœurs de son souverain, mais attention, une barbe avec le bout qui se recourbe vers le ciel est strictement réservée aux dieux. Nous trouvons de telles protubérances sur les masques des sarcophages des pharaons. Même certaines femmes, comme la reine-pharaon Hatchepsout, portent le bouc ornemental pour indiquer leurs statuts divins.

Pourquoi alors se séparer de tous ses poils pour se parer des prothèses velues ? Les Égyptiens étaient obsédés par l’hygiène et l’ornement, deux éléments qui s’affrontent dans un climat désertique, l’épilation devint signe de pureté. Ces pratiques permettaient une bonne hygiène tout en gardant une apparence soigneusement ornée. De plus, les ennemis et les étrangers sont souvent représentés dans l’art égyptien avec des barbes. Cela expliquerait la pratique répandue du rasage, ainsi que la raison pour laquelle les fonctionnaires se laissaient pousser les poils lorsqu’ils partaient à l’étranger.

Les instruments de rasage vont du basique au très sophistiqué : pierre ponce, lames de pierre tranchantes, rasoirs fins en cuivre ou en bronze, mais aussi des recettes rudimentaires de crème dépilatoire et de cire d’épilation. On observe aussi l’émergence d’une nouvelle profession : le barbier. Et s’il reste une petite place au poil en Egypte, on ne touche pas aux sourcils. Sauf quand le chat meurt. Là tout le monde dans la demeure se les rase pour pleurer son décès.

Des traditions gréco-romaines aux superstitions du moyen-âge

Scène d’épilation à la lampe à huile. Peinture sur céramique par Apollodoros, vers 475 av. J.-C.

 

L’idéal gréco-romain semblerait exiger que les hommes montrent les poils sur leur tête, leur visage et leur corps, tandis que les femmes doivent s’épiler. Les méthodes sont particulières : Soit avec une pince à épiler poil par poil, soit avec une préparation à base de résine de pin, soit en utilisant une méthode heureusement reléguée aux couloirs du passé : le flambage. Bien qu’il y ait un débat sur la question de savoir si le corps lisse était réservé uniquement aux courtisanes, la méthode préférée semble être l’emploi d’une lampe brûlante pour snacker les poils à vif.

 

(g.) La sculpture de Porta Tosa. 1185 apr. J.-C., Museo d’arte antica, Milan, © Luca Cerini. (d.) La sculpture fut enlevé au 16ème siecle. il. Edoardo Matania, © El Fondo Antiguo de la Universidad de Sevilla

A l’aube du christianisme, la chute de l’Empire romain signale de nouvelles tendances. Tout va s’inverser. S’épiler, se doter de maquillage, ou se modifier le corps que Dieu nous a donné c’est signe du diable ! Si Dieu nous a fait avec des poils, on doit rester en accord avec la nature. Par contre, pas dans l’art, où c’est obscène. Alors que la nudité est souvent représentée dans l’imagerie de l’époque, on trouve très rarement des représentation avec leur pilosité. Celles-ci restent de l’ordre pornographique ou grotesque.

Pendant quatre siècles, les visiteurs à Milan devaient passer par la Porta Tosa. Datant du 12ème siècle, l’entrée de la ville figurait un relief de femme qui expose sa crinière pubienne, une lame à la main s’apprêtant au rasage. Il existe plusieurs théories. L’histoire la plus répandue décrit les actes héroïques d’une jeune femme milanaise qui, lorsque le bien nommé Frédéric Barberousse attaqua en 1162, gravit calmement les murs de la ville, remonta sa jupe et tailla ses parties intimes au mépris des conquérants qui approchaient. En voyant cela, les troupes ennemies étaient tellement choquées qu’elles sont parties en courant. Entre autres, cela suggère un énorme oubli de l’histoire, car Milan fut massacré par les troupes de Barberousse.

Le Christ sans barbe. Mosaïque de la basilique de San Vitale, Ravenne, 547 apr. J.-C., Italie.

Mais une autre théorie constate le fait que la porte s’orientait vers Constantinople, dont l’empereur a refusé d’aider les Milanais à reconstruire leur ville dévastée. Ce fut peut-être une insulte destinée au souverain antipathique.

Dans l’apprentissage de l’iconographie chrétienne, on observe une hésitation curieuse sur le Christ. Parfois il est barbu, parfois glabre. Les auteurs d’Histoire du poil notent que l’église d’Orient a établi le poil comme révélateur de sainteté. Les moines orientaux barbus, les occidentaux glabres, c’est à l’époque du schisme que l’Orient va l’emporter sur l’Occident en imposant une iconographie qui figure un Christ barbu. A partir du 13ème siècle, c’est très difficile de trouver une image du Christ imberbe.

Puis, arrivèrent les croisades. Les chevaliers partent en mission et rencontrent des femmes lisses en Afrique et en Orient. Au retour ils ramènent des recettes à base de cire d’abeille pour que leurs femmes s’effectuent des épilations maison.

Tout rebascule. Les Temps Modernes s’annoncent. Il faut bien se distinguer de l’animal et montrer que l’homme est muni de raison….

A Suivre dans la seconde partie de « l’histoire du poil » – Bientôt en ligne

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